Sur leur piton rocheux
de hautes citadelles
sifflent les vents
Ils s'aiguisent à leurs mémoires
Sablent en silence
leur érosion
Février
Parmi ces ubacs
dont les chevreuils seuls
rompent le silence hivernal
des cairns engourdis de mousses
ramènent nos pas
sur de mystérieux sentiers
Fragments de courses perdues
Passages oubliés
La forêt
comble toute trace
Mars
Sous la couverture acerbe du mistral
et celle du faucon acide
tu marches sous de jeunes chênes
Tu entends bruisser le sous bois
Un animal secret s'enfuit
Avril
Tu débusques les chamois
Ils te filent entre les yeux
entre les mots
Surprendre
Et suspendre alors
le poème à leurs courses
Mai
Sur les moraines
polies
et tavelées d'embruns
le chaud
fond la patience
De la caresse à la cascade
un chant de fonte
à chœur multiple
court sur la pierre
Juin
Un névé s'accroche
Main de l'hiver
Entre pelouse et pierre
Le sentier patauge dans les flaques
Le ruisseau s'ébroue entre deux galets
Juillet
Bleu nuit
émeraude sombre
névé sur le lac
icebergs
Bleu frais
Où sont le phoque
et l'ours blanc
Claquement sourd
Chute d'un bloc de falaise
Fragments sur la neige
Août
De ces longs couloirs glaciaires
les lichens retiennent
les parois verticales
Tachent aussi
de jaune ou d'orange
les cailloux éparpillés
comme billes sur un goudron d'école
Imperturbables
Septembre
Le torrent se jette au lac
dans un cri d'argent
Enclos à mouton
muret de pierre sèche
enclos abandonné
Nous frottons
un brin de lavande
entre nos mains
son parfum nous conduira
jusqu'au terme
Octobre
Aérien
au flanc des barres rocheuses
le sentier
avec son lot de calcaire
et de thyms
Avec au hasard du soleil et des nuages
ses érables
Le vent
vient de la mer
Le vent
avec son silence épanoui
allège un à un nos pas
Novembre
A notre approche
un dernier lézard
froisse un brin de silence
Il se faufile
à travers un labyrinthe de pommes acides
Décembre
Les mots
que tu as jeté au vent
hier soir
en rentrant le bois
se sont cristallisés
pendant la nuit
Le jardin se tait
ta langue aussi
Ton regard
ouvre au soleil levant
sa corolle
Il guette
avec bonté
ce bel instant
où
fontaine
il entendra
tinter sur la glace
une goutte
